dimanche, 26 juillet 2009

Croyez-vous encore au Tour ?

A ce stade, le Tour de France n'est plus un simple paradoxe. C'est la faille de San Andreas ! Il y a d'un côté l'engouement en très forte hausse des spectateurs sur le bord des routes (affluence record à Barcelone, dans Verbier, sur le Ventoux...) et de l'autre l'ennui dont se plaignent suiveurs et "connaisseurs". D'un côté le scepticisme de 80% des Français, avant même le départ, quant à la probité du futur vainqueur, de l'autre l'irrépressible besoin de croire, quasi père-noëlesque voire religieux. Au soir de ce Tour de France, les sentiments sont partagés.  C'était beau/décevant. Astana a suscité l'intérêt/tué la course. A vous de choisir. Il en va de même pour le chapitre le plus occulté cette année de l'épreuve, le plus perdu dans ses sous-couches prendant qu'émergeaient des polémiques annexes comme celle des oreillettes.


Le dopage ? Depuis 1998, il est devenu le prisme principal par lequel se juge l'épreuve. Il peut défaire un classement, pourir une ambiance, déclencher des scandales en cascades et des feuilletons qui rehaussent la dramatique du sport. Cette année, aucun cas positif parmi les participants n'est à déplorer. Troublant ? Réconfortant ? Thomas Dekker (Silence-Lotto) a été confondu avant le départ, avec des échantillons datant de 2007. Cinq noms sont tombés dans le cadre du passeport sanguin (dont un coureur à la retraite). Sur l'étape Vittel-Colmar, l'UCI a annoncé les contrôles à l'EPO de Landaluze (Euskaltel) et de Serrano (Fuji-Servetto) respectivement sur le Dauphiné Libéré et le Tour de Suisse. 2e du Tour d'Italie, Danilo Di Luca (LPR) est tombé, à l'EPO lui aussi, pendant l'étape Martigny-Bourg-Saint-Maurice. La plus grosse prise de l'été. Mais sur le Tour, tout va bien. Pour l'instant.


Il y a deux lectures possibles. L'une optimiste et l'autre inquiète. Elles ne s'opposent pas de front et concernent parfois les mêmes faits. A vous de picorer les signes qui vous conviennent.



5 motifs d'y croire

-Aucune démonstration outrancière et répétée n'est à déplorer cette année, contrairement à 2008 (Ricco et les Saunier Duval) et 2007 (Vinokourov, Rasmussen...).
-Chacun est dans on rôle : à l'exception de Contador qui bat Cancellara sur le chrono d'Annecy, chaque spécialiste tient sa partition, sans grande surprise. Les rouleurs et les grimpeurs sont à leur place et les meilleurs supposés sont devant.
-La 10e place finale de Christophe Le Mével (Française des jeux), qui aurait été 14e sans son échappée en "plaine" sur l'étape Colmar-Besançon. Son coéquipier Sandy Casar est 12e. Depuis 1999, les Français, supposés plus sains que la moyenne du peloton, servent de baromètre. Ce n'est pas toujours très pertinent ni honnête mais c'est un indicateur intéressant.
-La fatidique 3e semaine fait des dégâts chez quelques favoris : Tony Martin (Columbia) dévisse, même Klöden (Astana) coince dans le final des ascensions.
-La 4e place au général de Bradley Wiggins (Garmin) apaise : le Britannique est membre d'une équipe farouchement opposée au dopage, qui pratique des tests internes, et reçoit l'onction du président de l'UCI Pat McQuaid et du journaliste "ultra" Paul Kimmage.

5 motifs de ne pas y croire

-Alberto Contador entretient de lourds soupçons. Selon les calculs de l'entraîneur Antoine Vayer, dans son ascension de Verbier : "avec un effort de vingt minutes à 90 % de VO2max, son poids de 62 kilos, sa puissance maximale aérobie serait de 493 watts, ce qui donne une consommation d’oxygène de 6,17 litres/minutes : 99,5 ml/min/kg !" Interrogé par la presse, Contador refuse de livrer sa capacité respiratoire (VO2max).
-Que penser de la facilité d'Andy Schleck ? De la chevauchée vosgienne d'Heinrich Haussler vers Colmar ? Du train imbattable de Columbia (60 victoires depuis janvier) pour les sprints et du tempo implacable d'Astana en montagne ?
-Le contexte "décomplexé" (tiens, c'est l'adjectif réservé aux coureurs français, jamais autant à leur aise depuis la retraite de Jalabert et de Virenque...), l'union sacrée ASO-UCI, le retour d'Armstrong... Toutes ces coïncidences laissent craindre un retour en arrière.
-L'alerte donnée en deuxième semaine par Pierre Bordry. Le président de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) dénonce une "complaisance" des contrôleurs UCI à l'égard de certaines équipes (Astana, qui a droit, d'après lui, à 40 minutes de battemlent pendant que les inspecteurs boivent un café). Bordry, menacé de procès par l'UCI, a fait un peu marche arrière depuis. De leur côté, les tests AFLD pratiqués à l'arrivée, au lieu de se concentrer comme l'an passé sur des coureurs "ciblés", ont plusieurs fois visé une liste aléatoire : le 1er de l'étape, le 2e, le 3e, le 4e...
-La 4e place au classement général final de Bradley Wiggins, qui se découvre à 29 ans des aptitudes pour les grands tours, fait inévitablement penser à l'éclosion de Bernhard Kohl l'an passé. Le suiveur est un chat échaudé qui craint l'eau froide de Vittel.


Pierre Carrey