samedi, 25 juillet 2009
Contador champion lisse
Alberto Contador a fait des progrés en langue de bois. Il y a 11 jours, à Limoges, il avait été passé au gril des questions (sur Armstrong). Il avait paru en souffrir. A Sion, voilà cinq jours, il semblait un soupçon plus décontracté et avait conclu sa rencontre avec la presse d'un "merci". Mais tout s'était écroulé après le contre-la-montre d'Annecy, il y a deux jours, lorsqu'il avait refusé par trois fois de répondre aux interrogations sur les évaluations chiffrées de sa performances, en particulier sur sa capacité respiratoire (VO2max).
Le sujet devait revenir sur le tapis ce soir, à la conférence rituelle du futur vainqueur. Ce fut la troisième question posée, dans le gymnase moite de Vaison-la-Romaine : "Pourquoi as-tu refusé de nous répondre l'autre soir ?" Quand Alberto Contador balayait les braises à Annecy d'un "question suivante", il a planté son regard dans celui de l'interlocuteur. A pris son temps. Et a rappelé qu'il était régulièrement contrôlé. Il n'a pas répondu mais a répondu quand même. Tout un art, qu'il commence enfin à maîtriser. Au passage, la référence incontestable au nombre de tests est une spécialité de Lance Armstrong. Un constat plus qu'un argument. C'est aussi une fin de non recevoir.
Contador n'a toujours pas révélé ses valeurs respiratoires. Comme s'il avait quelque chose à cacher. Mais il a un sourire de pub pour le dentifrice et sans doute une haleine fraîche à la chlorophylle. Lâché par son manager Bruyneel, victime de multiples peaux de banane jetées par Armstrong sous ses pieds, Contador a fini par attendrir les médias. Son attaché de presse personnel semblait plus nerveux que lui en entendant la question sur sa VO2max et celle sur le peloton tout propre et sans scandale du Tour qui, forcément, ravit Alberto. Le stylo orange faisait tic-tic dans la main fébrile de l'attaché. En bout de table, le responsable communication d'Astana, un ami de Johan Bruyneel, s'amusait avec son Blackberry et cherchait des regards complices dans la salle, sourire cynique en coin.
Alberto Contador ne dit pas non plus où il courra l'an prochain. La rumeur le voit rester chez Astana avec Vinokourov, ou retourner au pays chez Caisse d'Epargne, ou encore conduire la nouvelle formation voulue par Fernando Alonso. "Il est trop tôt pour le dire", a-t-il lâché. Le maillot jaune se contient quand il mentionne sa relation avec Armstrong : "A la fin, tout s'est arrangé". Pour toutes ces questions, il est en pilotage automatique. Les réponses sont aussi prévisibles que les interrogations de la salle. Il est un poil plus disert sur les sujets plus anodins comme sa rivalité avec Andy Schleck ou ses états d'âme du moment. L'ensemble est lisse et sans grandeur, mais poli et tiré à quatre épingles. Le Contador 2009 marquera-t-il la légende du Tour ? Fourbe et fourbu cette année, Armstrong apparaît presque plus humain, Sastre et Pereiro à peine moins charismatiques. Vivement 2010.
Pierre Carrey
21:44 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : contador, bruyneel, vo2max, sastre, pereiro, schleck
lundi, 20 juillet 2009
Lance Armstrong ne répond plus
Le programme de Lance Armstrong a brusquement changé pour la seconde journée de repos du Tour. Ce lundi, il devait donner une conférence de presse à l'UCI. Le rendez-vous avait été fixé avant même le départ de Monaco. La fédération internationale n'était pas peu fière d'accueillir en ses murs son athlète le plus célèbre au monde. Elle avait conçu pour la presse une visite guidée de ses locaux, suivie d'une rencontre en début d'après-midi avec Lance Armstrong et d'une autre avec le porteur du maillot jaune - en espérant peut-être qu'il s'agirait de la même personne.
Or, les proches d'Alberto Contador ont fait savoir dès dimanche soir que le coureur espagnol ne quitterait pas son hôtel, à Sion. Sa conférence de presse, organisée sur la terrasse de l'établissement, en bordure d'une rue très fréquentée, a attiré autant de journalistes que de fans. Le ton était un poil plus décontracté qu'à Limoges il y a une semaine. La chaleur était la même. Le dispositif aussi : le responsable communication d'Astana siégeait à droite de Contador, son attaché de presse personnel à gauche. Et toujours pas de Johan Bruyneel. "Il est trop occupé", selon la version politiquement correcte fournie par son staff.
La rumeur a courue que le manager d'Astana était parti à l'UCI avec son ami Armstrong. Mais cette conférence-là fut annulée elle aussi. Le septuple vainqueur du Tour a refusé tout entretien. Comme pour rester sur ses déclarations d'hier, à Verbier, empreintes d'apaisement et d'allégeance envers Contador. La belle journée à l'UCI est tombée à l'eau. De toute façon, Lance Armstrong n'avait pas l'intention d'y parler vélo. Le thème retenu : la lutte anticancer et sa fondation Livestrong. Laquelle possède déjà une équipe continentale (troisième division) à son nom, aux Etats-Unis, et pourrait servir de socle à la nouvelle grande équipe dont rêvent Armstrong et Bruyneel pour 2010.
Les suiveurs les plus optimistes espéraient que le coureur américain annonce aujourd'hui la création de cette double machine de guerre, sportive et caritative. Mais le Tour de France a basculé à Verbier. Contador a réveillé l'épreuve et Armstrong digère sa défaite. C'est son homonyme Neil qui fait la une des journaux en ce quarantième anniversaire du premier pas sur la Lune.
Pierre Carrey
19:11 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lance armstrong, contador, bruyneel, uci, livestrong
lundi, 13 juillet 2009
Le supplice de Contador
Pauvre Contador ! Il n'a souri que quatre fois pendant la conférence de presse qui, lundi, à son hôtel de Limoges, a tourné au supplice. Au bout de dix minutes, interrogé sur l'étape la plus propice pour attaquer, il a creusé ses lèvres d'un petit croissant. Quand un reporter osa lui demander si, placé en position favorable, il pourrait recevoir le soutien d'Armstrong, il décroche un sourire improbable dans un soupir triste. Puis, il s'amuse timidement d'un effet de larsen qu'a provoqué le micro dans l'auditoire. Enfin, il découvre quelques secondes son émail impeccable pour rappeler que les polémiques en cascades chez Astana naissent du phénomène Armstrong, si médiatique... Sur les 18 questions qui lui sont posées, 14 portent sur sa relation avec son encombrant coéquipier. "Un peu répétitif", proteste-t-il. D'entrée de jeu, trois salves ont marqué le début des hostilités : pourquoi Contador n'a-il pas respecté le "plan" de son équipe dans Arcalis ? Comment réagit-il aux différentes critiques ? Est-ce que Johan Bruyneel, manager d'Astana, est en train de le "tuer" ?
Cette conférence-là se confond en interrogatoire. Alberto Contador entre mâchoires serrées dans le box des accusés, un carré entre la piscine du Novotel et une barrière de bois champêtre. Face à lui, quatre-vingts journalistes - dont une seule femme - assis à même les dalles du sol. Un mur de caméras. Ciel très lourd. Parfums d'herbe fraîche et de pommier. Réponses convenues. Contador joue la prudence, l'humilité. C'est la deuxième fois que Johan Bruyneel l'envoie au carton depuis la veille du départ à Monaco. Lance Armstrong, lui, s'épargne systématiquement les conférences d'usage. Pour un peu, il pourrait assister au feu roulant des questions depuis la fenêtre de sa chambre, la façade de l'hôtel surplombant la terrasse et la piscine. Mais peut-être a-t-il préféré piquer un petit somme quand son coéquipier, lui, a dû faire une croix sur la grande tradition espagnole de la sieste.

L'exercice est cruel. La presse insiste pour savoir si Alberto et Lance dînent à la même table. Contador esquive. Sa voix monocorde, son regard fixe, ses mains nouées au-dessous de la table trahissent une profonde lassitude et une gêne abyssale. Dans ce huis-clos, il doit répondre une nouvelle fois du leadership chez Astana. Ce jour-là, il ne peut-même pas compter sur Bruyneel comme avocat commis d'office. Car le manager a préféré honorer une réunion avec les autres équipes pour exiger d'ASO et de l'UCI le maintien des oreillettes sur l'étape de mardi. La table ronde a beau se tenir dans un salon du même hôtel, Bruyneel ne s'est pas absenté une seconde pour soutenir son coureur. Au-dehors, Contador fond au soleil. Des curieux se pressent de l'autre côté de la barrière, appareils numériques à la main. Des cameramen brandissent leur téléphone portable pour immortaliser la scène. Celle du futur vainqueur du Tour ou bien celle d'un champion en péril, qui sera effectivement "tué" dans les Alpes par Bruyneel ?
L'équipe Astana est en train de commettre un crime presque parfait. La dernière question interpelle Alberto Contador sur son orgueil piqué au vif. Il y répond l'air plus grave que jamais. Peu importent les mots, qui s'évadent vers les oubliettes du cyclisme. Cet après-midi là consacre davantage l'image d'un prévenu. Il est oppressé, écartelé. A sa droite siège Philip Maertens, ancien animateur de la chaîne flamande VRT, ami de Johan Bruyneel et donc responsable communication chez Astana. A sa droite apparaît son attaché de presse personnel, Jacinto Vidarte, ex-journaliste au quotidien espagnol Marca, et surtout ex-porte parole de Manolo Saiz chez Liberty Seguros. L'avenir de Contador surgit naturellement au détour d'une question. Il refuse d'en dire plus sur la rumeur d'une nouvelle équipe que lancerait Fernando Alonso, le champion de Formule 1. La presse italienne révèle qu'il pourrait en être le leader unique. De toute façon, il a déjà changé seul face à lui-même. 16h, ce lundi, au Novotel de Limoges : c'est officiel, Alberto Contador est lâché par Astana.
Pierre Carrey
23:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contador, armstrong, bruyneel, monaco, limoges, aso, uci, oreillettes, fernando alonso, manolo saiz
samedi, 11 juillet 2009
Astana perdue dans ses propres plans
Petit retour sur l'étape d'Arcalis, vendredi. Il y a de quoi en perdre son latin. A l'arrivée, Alberto Contador, qui avait attaqué dans le final, s'est félicité : "Cela faisait partie de notre plan, de ne pas prendre le Maillot Jaune si tôt dans le Tour de France. J'ai juste essayer de consolider ma position par rapport aux autres". Pour sa part, son coéquipier et rival Lance Armstrong a commenté le dynamitage de Contador : ""Ce n'était pas vraiment conforme au plan. Mais je ne m'attendais pas à ce qu'il le respecte, donc ce n'est pas une surprise." Quel était donc ce "plan" de l'équipe Astana, que les deux hommes ont interprété de manière totalement opposée ? Temporiser, affirme Armstrong. Seulement éviter d'endosser le maillot jaune, mais pas forcément s'abstenir de poser une petite mine, estime Contador.
Le manager des deux leaders, Johan Bruyneel, devrait éclairer sur cette étrange affaire. Mais, au contraire, il la rend plus déroutante encore : "Nous avons demandé aux gars de se débrouiller tout seuls, de parler entre eux pour choisir la meilleure tactique en fonction de nos adversaires. Mes coureurs ont improvisé". En fin de compte, Astana n'avait pas de plan pour cette étape. C'est à se demander ce que les coureurs se disent le matin au briefing, voire au petit déjeuner. Une journaliste de radio a peu ou prou tenté de poser la question à Dmitriy Muravyev, le Kazakh d'Astana, mardi, à Montpellier :
"Alberto Contador et Lance Armstrong mangent-ils à la même table ?
-Oui.
-Quelle langue parlent-ils entre eux ?
-L'anglais, le français ou l'espagnol, je n'en sais rien. Nous autres, les cyclistes, nous parlons plusieurs langues.
-Quel est votre favori pour la victoire finale ?
-L'équipe Astana."
Il apparaît que non seulement Astana ressemble à une Tour de Babel, mais aussi que les coureurs n'ont rien à se dire. Ils se révèlent posséder très peu de choses en commun, sauf des expressions toutes faites qu'ils ont longuement répétées avec des spécialistes de la communication. Parmi ces mots clefs qui uniformisent les interviews depuis le départ de Monaco : "plan" et "équipe". En revanche, "leader" est un vocable interdit, en tout cas dans la bouche des équipiers. Il faut dire qu'ils sont tous écartelés. Le simple effectif d'Astana fait émerger les clans d'Armstrong et de Contador. Le premier est épaulé de Popovych et de Leipheimer (mais il n'a pas pu imposer Horner). Le second a exigé à ses côtés Paulihno et Zubeldia (mais il n'a pu obtenir la présence de Noval). Quant à Klöden, Muravyev et Rast, ils font partie du pot commun. Chez les directeurs sportifs, Bruyneel bichonne son ami Lance tandis qu'Alain Gallopin est devenu le confident d'un Alberto assez esseulé. Ce dernier a néanmoins réclamé que son frère travaille comme relations publiques dans l'équipe.
Astana est donc une formation en morceaux. A observer les luttes fratricides qui éclatent, sur un coup de bordure à la Grande-Motte ou un démarrage à Arcalis, on imagine sans peine l'allure des briefings et la teneur des "plans". En principe, toute équipe cycliste qui se respecte sacrifie au rituel d'un ou plusieurs briefings le matin d'une étape, voire à un ou deux debriefings après l'arrivée. Certaines de ces réunions peuvent être informelles et en comité réduit. Armstrong et Contador pouvaient donc avoir tous les deux raison, pensant avoir respecté la feuille de route délivrée pour Arcalis. Astana est bien du type à programmer un plan A et un plan B. Voire un plan Z ou un plan Q. Ménager Armstrong sans brider Contador, laisser une autre équipe s'emparer du maillot jaune en Andorre mais assurer un tempo le lendemain vers Saint-Girons : les plans se croisent, se contredisent, s'anéantissent.
Johan Bruyneel a beau retarder le moment fatidique dans les Pyrénées, il lui faudra un jour tailler dans le vif. Choisir entre son ami septuple vainqueur de l'épreuve, l'expérience et la rouerie incarnées, et son jeune successeur espagnol, le meilleur grimpeur au monde et le plus en forme de l'équipe, pour l'instant. A l'issue de la deuxième étape pyrénéenne, Martial Gayant, directeur sportif de la Française des jeux, apporte son analyse sur le nœud gordien d'Astana : "Leurs coureurs ont été secoués par l'attaque d'Evans [dans le premier col du jour, le port d'Envalira, NDLR]. Ils se sont dépouillés pour revenir. Ça m'étonnerait qu'ils tiennent au même rythme chaque jour. Bruyneel va bien être obligé de désigner un leader. S'il attend les Alpes, Contador dominera et Armstrong sera contraint de rouler pour lui. Ça m'étonnerait que le père Bruyneel veuille en arriver là..."
Pierre Carrey
22:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tour de france, astana, armstrong, contador, gallopin, bruyneel, klöden, leipheimer, muravyev, rast, zubeldia, paulihno, popovych


