dimanche, 19 juillet 2009
La Suisse regrette la pollution du Tour
"Coupez les moteurs, s'il vous plaît !" A l'arrivée de la très chic Verbier, une mère de famille interpelle les chauffeurs du Tour, qui ont tous gardé le contact, perdus au milieu d'un embouteillage. Cet après-midi, les rues de la station suisse exhalent un fumet âcre de pot d'échappement. "Un vrai scandale", s'offusquent deux spectateurs quelques mètres plus loin. Bob blanc vissé sur le crâne, la moustache tombante, l'un d'eux confie sa passion du cyclisme. Mais pas de ce manège-là. Il bougonne : "En France, ce trafic de voitures ne vous pose pas de problème ?"
Il a fallu que le Tour vienne en Suisse, dans la station de Verbier, entre les chalets de bois vernis et les bac de géraniums, pour que la question écologique éclate. C'était pourtant une évidence. L'épreuve accrédite au total 2400 véhicules, pour les équipes, la caravane publicitaire, l'organisation, les médias... Le parc automobile est stable depuis quelques années, explique-t-on du côté d'ASO. Hier, Christian Prudhomme rappelait même qu'il limitait le nombre de voitures circulant sur la course, en particulier sur le tracé qu'empruntent les coureurs. "Raison de sécurité", a-t-il martelé.
Mais le public suisse a peu goûté de voir ces berlines lustrées, avec au maximum une personne à bord. Le Tour regorge de véhicules officiels à destination du seul pilote, qui se révèle parfois être un lointain partenaire ou un conjoint quelconque. L'image est très mal passée en Suisse. Car le pays cultive ses clichés, ses paysages immaculés que préserve une politique écolo plus engagée qu'en France. Ici, la population trie ses déchets - papier aluminium compris - depuis plus de deux décennies. Le laxisme français indigne. ASO devrait se méfier : dans la confédération helvétique, les coups de colère influencent toujours les édiles locaux, cantonaux, voire fédéraux, débouchent sur des boycotts ou plus souvent des "votations" (référendums).
Le Tour essaie pourtant de montrer patte blanche - ou verte, plutôt. Déjà mise en cause pour son accumulation de déchets, l'épreuve s'est associée à Eco emballage depuis 2007. Cet affichage médiatique en réponse au souci environnemental est baptisé "green washing" par les militants écologistes. Selon eux, il s'agit d'une simple façade. C'est un peu injuste. Grâce à Eco emballage, le Tour de France est passé d'une décharge à une décheterie. Il a découvert les vertus du recyclage. Du moins en partie. Depuis le départ, seule la ville de Monaco a multiplié les points de tri sélectifs. A défaut d'information, les sacs prévus pour accueillir le papier recueillent aussi des bouteilles en plastique et des canettes en métal... Sur le dossier environnemental, ASO en est resté au chapitre des bonnes intentions. Ses progrés sont minimes. Un dernier chiffre, peu glorieux. Selon nos informations, alors que le site officiel de la course répertorie avantageusement toutes sortes d'informations, le camion "reprographie" imprime à l'attention des suiveurs et des journalistes... 13775 communiqués de presse chaque jour. Le public suisse ne le sait pas encore. C'est heureux.
Pierre Carrey
20:19 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : environnement, green washing, christian prudhomme, aso, eco emballage, recyclage, suisse, verbier



Commentaires
quand on voit des véhicules de france télé avec un seul occupant.... ou les gros 4x4 de la caravane... c'est honteux. Bel article en tout cas.
Ecrit par : Laurent | lundi, 20 juillet 2009
Tu nous fait passer pour de gros râleurs, mais vous "français" pour des gros cochons... :D
Enfin bref, simpa ton blog ;)
Ecrit par : Valentin | mercredi, 22 juillet 2009
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