lundi, 13 juillet 2009
Le supplice de Contador
Pauvre Contador ! Il n'a souri que quatre fois pendant la conférence de presse qui, lundi, à son hôtel de Limoges, a tourné au supplice. Au bout de dix minutes, interrogé sur l'étape la plus propice pour attaquer, il a creusé ses lèvres d'un petit croissant. Quand un reporter osa lui demander si, placé en position favorable, il pourrait recevoir le soutien d'Armstrong, il décroche un sourire improbable dans un soupir triste. Puis, il s'amuse timidement d'un effet de larsen qu'a provoqué le micro dans l'auditoire. Enfin, il découvre quelques secondes son émail impeccable pour rappeler que les polémiques en cascades chez Astana naissent du phénomène Armstrong, si médiatique... Sur les 18 questions qui lui sont posées, 14 portent sur sa relation avec son encombrant coéquipier. "Un peu répétitif", proteste-t-il. D'entrée de jeu, trois salves ont marqué le début des hostilités : pourquoi Contador n'a-il pas respecté le "plan" de son équipe dans Arcalis ? Comment réagit-il aux différentes critiques ? Est-ce que Johan Bruyneel, manager d'Astana, est en train de le "tuer" ?
Cette conférence-là se confond en interrogatoire. Alberto Contador entre mâchoires serrées dans le box des accusés, un carré entre la piscine du Novotel et une barrière de bois champêtre. Face à lui, quatre-vingts journalistes - dont une seule femme - assis à même les dalles du sol. Un mur de caméras. Ciel très lourd. Parfums d'herbe fraîche et de pommier. Réponses convenues. Contador joue la prudence, l'humilité. C'est la deuxième fois que Johan Bruyneel l'envoie au carton depuis la veille du départ à Monaco. Lance Armstrong, lui, s'épargne systématiquement les conférences d'usage. Pour un peu, il pourrait assister au feu roulant des questions depuis la fenêtre de sa chambre, la façade de l'hôtel surplombant la terrasse et la piscine. Mais peut-être a-t-il préféré piquer un petit somme quand son coéquipier, lui, a dû faire une croix sur la grande tradition espagnole de la sieste.

L'exercice est cruel. La presse insiste pour savoir si Alberto et Lance dînent à la même table. Contador esquive. Sa voix monocorde, son regard fixe, ses mains nouées au-dessous de la table trahissent une profonde lassitude et une gêne abyssale. Dans ce huis-clos, il doit répondre une nouvelle fois du leadership chez Astana. Ce jour-là, il ne peut-même pas compter sur Bruyneel comme avocat commis d'office. Car le manager a préféré honorer une réunion avec les autres équipes pour exiger d'ASO et de l'UCI le maintien des oreillettes sur l'étape de mardi. La table ronde a beau se tenir dans un salon du même hôtel, Bruyneel ne s'est pas absenté une seconde pour soutenir son coureur. Au-dehors, Contador fond au soleil. Des curieux se pressent de l'autre côté de la barrière, appareils numériques à la main. Des cameramen brandissent leur téléphone portable pour immortaliser la scène. Celle du futur vainqueur du Tour ou bien celle d'un champion en péril, qui sera effectivement "tué" dans les Alpes par Bruyneel ?
L'équipe Astana est en train de commettre un crime presque parfait. La dernière question interpelle Alberto Contador sur son orgueil piqué au vif. Il y répond l'air plus grave que jamais. Peu importent les mots, qui s'évadent vers les oubliettes du cyclisme. Cet après-midi là consacre davantage l'image d'un prévenu. Il est oppressé, écartelé. A sa droite siège Philip Maertens, ancien animateur de la chaîne flamande VRT, ami de Johan Bruyneel et donc responsable communication chez Astana. A sa droite apparaît son attaché de presse personnel, Jacinto Vidarte, ex-journaliste au quotidien espagnol Marca, et surtout ex-porte parole de Manolo Saiz chez Liberty Seguros. L'avenir de Contador surgit naturellement au détour d'une question. Il refuse d'en dire plus sur la rumeur d'une nouvelle équipe que lancerait Fernando Alonso, le champion de Formule 1. La presse italienne révèle qu'il pourrait en être le leader unique. De toute façon, il a déjà changé seul face à lui-même. 16h, ce lundi, au Novotel de Limoges : c'est officiel, Alberto Contador est lâché par Astana.
Pierre Carrey
23:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contador, armstrong, bruyneel, monaco, limoges, aso, uci, oreillettes, fernando alonso, manolo saiz




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